Le lieu s'est appelé VAUMORET, VAUXMORET, VAULMOURET, VAUMOURETTE,... selon les époques
et les fantaisies de l'orthographe, et signifie tout simplement
« La vallée du more (ou maure) », référence précise à la vallée sèche
(pas toujours...) que domine la propriété, et dans laquelle on voit
encore le puits des Mores (ou des Arabes).
Cette étymologie n'est pas surprenante : sur une colline à côté se trouve
la ferme de Montmorillon (le mont du More) et un peu plus loin : le chaume
à Moret, traces bien évidentes de la présence durable de descendants des
conquérants arabes qui accompagnaient l'émir Abd al Rahman dans son invasion
de la Gaule Mérovingienne et qui furent écrasés à côté de Poitiers, en 732,
par Charles Martel, Maire du palais du roi mérovingien d'alors — et père
de Pépin Le Bref, futur fondateur de la dynastie Carolingienne.
Manifestement, tous les envahisseurs ne repartirent pas en Espagne :
restèrent les éclopés, les blessés, les prisonniers, dont certains
survécurent et firent souche sur place.
Cité dans les archives dès 1410, Vaumoret faisait partie de la paroisse
de St Hilaire de la Celle à Poitiers en 1526. On trouve la propriété
bien identifiée sur la carte de Cassini, vers 1776. Quelques actes
des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ont été retrouvés : cessions,
successions, partages, etc., aux archives départementales.
Des bâtiments s'élevaient donc là, et dont on n'a pu retrouver aucune
trace, excepté un puits très profond (45 m) creusé dans le rocher et
datant probablement du XIVe ou XVe siècle.
On raconte aujourd'hui encore qu'au XIXe siècle, un commis de ferme
descendit un jour dans le puits, en période de sécheresse, pour vérifier
le niveau de l'eau et qu'il en remonta fort effrayé, ayant « vu des
cavernes partout, profondes et partant dans toutes les directions » ;
l'imagination aidant, on parle encore de réseau de souterrains reliant
les diverses propriétés des environs — avis aux spéléologues !
Les bâtiments actuels :
Dans ce site très ancien, idéalement situé dans un essart isolé —
« ... sol ingrat, lieu désert au milieu de landes et de bois de chênes,
au bord d'un mauvais chemin qui reliait le domaine de Vaumoret au hameau
du Breuil, coin de nature infesté de loups, dominant la vallée sèche
de Jappe Loup... » — au milieu de milliers d'hectares de forêts (la seule
forêt domaniale de Moulière, qui touche à Vaumoret, représente à elle seule
3.500 ha), une riche famille poitevine, non identifiée pour l'instant,
fit élever à la place des anciens bâtiments, vers le milieu du XVIIe siècle,
une construction entièrement neuve, communs et bâtiments de fermes compris :
« Deux ailes ponctuées à leur extrémité d'un pavillon carré délimitent
la cour d'honneur et mettent en valeur le logis. Celui-ci se compose de
trois corps alignés sous toitures indépendantes : l'accent est mis sur
l'horizontalité des lignes et la symétrie en évitant la monotonie ; en outre,
les tuiles creuses des combles latéraux à la Mansart apportent une plaisante
note colorée.
Le corps central, simple en profondeur et coiffé d'un toit à croupes,
s'ordonne en trois travées. La sobriété du décor n'exclut pas la vigueur
des effets plastiques rendus par l'appareil en bossages qui entoure les
baies et s'étend aux souches de cheminée. Les lucarnes sont flanquées
de volutes et sommées d'un fronton mouluré, triangulaire ou arrondi.
La porte, surmontée d'un fronton brisé où prend place un oculus, ouvre
sur un rez-de-chaussée surélevé. Les pièces d'habitation, disposées en
enfilade, pourvues de belles cheminées, se répartissent de part et d'autre
d'un vestibule axial qui donne sur un escalier de pierre : deux volées
droites, reliées par un quartier-tournant et un palier éclairé par une
baie regardant le jardin, mènent aux combles.
La simplicité de l'ordonnance, la marque du style Louis XIII et la fonction
socio-économique inscrivent cette plaisante demeure dans la lignée des
gentilhommières du rayon urbain de Poitiers ».
Il s'agit d'une demeure de plaisance, « maison aux champs » et très
certainement rendez-vous de chasse de prestige d'une riche famille
résidant à Poitiers (échevins, juristes, noblesse de robe).
Le logis n'était probablement pas habité en permanence : il s'agit depuis
toujours d'une « résidence secondaire ». Depuis l'origine, la partie
centrale était consacrée aux diverses pièces de réception, ainsi qu'à
une vaste cuisine ; les ailes abritaient les chambres des maîtres, les
chambres d'amis, d'invités, les chambres des domestiques ainsi qu'une
chapelle — disparue elle aussi.
Sans étage habité, il s'étire encore en forme de U sur environ 140 mètres
linéaires de façades côté cour d'honneur.
La décadence :
Cependant, sous la Révolution, la propriété changea de mains et se dégrada.
Plusieurs propriétaires se succédèrent, plus soucieux de percevoir les
revenus des terres que d'entretenir les bâtiments.
Occupée par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, la propriété
continua de se dégrader.
La renaissance :
En 1989, une restauration complète fut entreprise afin de restituer au
mieux l'esprit, les volumes et le style du XVIIe siècle, tout en intégrant
le confort moderne.
La propriété, inscrite Monument Historique (ISMH) depuis 1991, recommença
alors à vivre et à retrouver sa vocation originelle de demeure de plaisance
et de rendez-vous de chasse.